L'Empreinte Carbone d'une Sortie en Montagne : Ce qu'on Oublie de Compter

Voiture roulant sur une route de montagne sinueuse Le trajet en voiture : la part largement dominante de l'empreinte carbone d'une sortie en montagne

Sommaire

  1. La Randonnée, une Activité Vraiment Verte ?
  2. Le Trajet en Voiture : l'Éléphant dans la Pièce
  3. Comparer les Modes de Transport
  4. Le Pique-Nique au Sommet : Petits Gestes, Vrais Impacts
  5. Les Stations de Ski : l'Autre Face de la Montagne
  6. L'Impact Diffus de la Fréquentation Humaine
  7. Réduire son Empreinte sans Renoncer à la Montagne

On aime à penser que la randonnée est l'activité écologique par excellence. Pas de moteur, pas de billet d'avion, juste tes jambes, un sac à dos et le grand air. Tu marches, tu respires, tu contemples. Quoi de plus innocent pour la planète ?

La réalité est un peu plus nuancée. Si l'acte de marcher en lui-même n'émet quasiment rien, tout ce qui entoure ta sortie en montagne pèse, parfois lourdement, sur le bilan carbone. Et le coupable principal n'est pas celui qu'on imagine. Ce n'est ni ton pique-nique, ni tes chaussures, ni même les remontées mécaniques que tu aperçois au loin. C'est la voiture garée au départ du sentier. Décortiquons honnêtement l'empreinte carbone réelle d'une journée en montagne, pour mieux comprendre où agir vraiment.

La Randonnée, une Activité Vraiment Verte ?

Commençons par une bonne nouvelle : la marche à pied est, en elle-même, l'une des activités les moins émettrices qui soient. Quand tu randonnes, ton corps brûle des calories, pas du pétrole. Aucune émission directe de gaz à effet de serre. De ce point de vue, la randonnée bat à plate couture toutes les activités motorisées de loisir.

Mais une sortie en montagne ne se résume pas à l'acte de marcher. Elle forme un tout : le trajet pour rejoindre le point de départ, l'équipement que tu utilises, la nourriture que tu emportes, les infrastructures que tu fréquentes, et l'impact cumulé de ta présence sur un milieu fragile. C'est l'ensemble de ce système qu'il faut examiner pour avoir une vision honnête.

Et quand on fait ce calcul global, un constat s'impose avec une clarté brutale : dans l'écrasante majorité des cas, c'est le transport qui domine tout le reste. Selon les analyses du secteur de la montagne, le transport représente en moyenne 57% de l'empreinte carbone d'une station de montagne, et jusqu'à 70% de l'empreinte totale d'un séjour au ski. Pour une simple randonnée à la journée, où il n'y a ni hébergement ni remontées mécaniques, cette proportion grimpe encore. Le trajet, c'est l'essentiel du problème. Et donc l'essentiel de la solution.

Le Trajet en Voiture : l'Éléphant dans la Pièce

Voilà le cœur du sujet. La voiture individuelle est, de très loin, la principale source d'émissions liées à nos sorties en montagne. Ce n'est pas une opinion, c'est un constat mesuré par toutes les études disponibles.

Le secteur des transports est à lui seul responsable de 31% des émissions nationales de gaz à effet de serre en France, ce qui en fait le secteur le plus émetteur du pays. En montagne, cette domination s'accentue. Dans les stations, en moyenne 85% des visiteurs viennent en voiture, contre seulement 10% en train. Cette dépendance massive à l'automobile est le principal responsable de l'impact climatique du tourisme de montagne.

Pourquoi un tel poids ? Parce que les massifs sont, par nature, éloignés des centres urbains. Pour atteindre le départ d'une randonnée dans les Pyrénées, il faut souvent rouler une, deux, voire trois heures. Une voiture thermique émet en moyenne autour de 200 grammes de CO2 par kilomètre. Pour un aller-retour de 150 kilomètres depuis une ville comme Pau ou Toulouse jusqu'à un départ de sentier en vallée, on parle déjà de 30 kilos de CO2 émis, pour une seule personne voyageant seule. À titre de comparaison, une journée entière de ski, transport compris, est estimée à environ 48,9 kilos de CO2 par personne. Le trajet à lui seul peut donc représenter la majeure partie de ce bilan.

Le point crucial, et souvent négligé, c'est le nombre de passagers. Une voiture qui transporte une seule personne répartit toutes ses émissions sur cette unique tête. La même voiture avec quatre occupants divise l'empreinte par passager par quatre. C'est le levier le plus simple et le plus efficace : selon plusieurs études, opter pour le covoiturage permet de réduire jusqu'à 75% les émissions de CO2 liées aux trajets vers les stations. Partager un trajet divise les émissions par deux, trois ou quatre par passager, tout en désengorgeant les routes de montagne souvent saturées les week-ends.

Comparer les Modes de Transport

Tous les modes de transport ne se valent pas, loin de là. Comprendre les ordres de grandeur aide à faire les bons choix.

Le train est le champion incontesté du transport bas carbone. D'après les données de SNCF Voyageurs, prendre le train en France permet de réduire en moyenne de 90% les émissions de CO2 pour un trajet équivalent par la route. Pour donner une image parlante, un visiteur londonien qui rejoindrait une station en avion puis en taxi émettrait environ 61,8 kilos de CO2, contre seulement 5 kilos s'il prenait le train et le bus. Le rapport est de un à douze. Pour les sorties en montagne accessibles en train, l'arbitrage ne devrait même pas se poser.

La voiture individuelle thermique se situe à l'autre extrémité du spectre des solutions terrestres. En France, passer du train à la voiture ajoute environ 10 kilos de CO2 par personne pour 100 kilomètres parcourus. Le covoiturage améliore considérablement ce bilan sans l'effacer, en répartissant les émissions sur plusieurs passagers.

L'avion, enfin, est le mode le plus émetteur, sans comparaison possible. Le problème devient particulièrement aigu pour les stations qui accueillent une clientèle internationale : un tiers des skieurs de certaines grandes stations alpines sont étrangers et arrivent en avion, ce qui plombe lourdement le bilan carbone collectif. Pour la montagne pyrénéenne, heureusement, la clientèle est très majoritairement régionale et nationale, ce qui limite ce poste.

Le vrai message de cette comparaison est simple : le choix entre la voiture solo et une alternative partagée ou ferroviaire n'est pas un détail marginal. C'est la décision la plus structurante que tu puisses prendre pour réduire l'impact de tes sorties.

Groupe de randonneurs partageant un pique-nique au sommet d'une montagne Le pique-nique au sommet : un plaisir simple dont l'impact dépend surtout des choix alimentaires et de la gestion des déchets

Le Pique-Nique au Sommet : Petits Gestes, Vrais Impacts

Arrivé au sommet, rien de plus mérité qu'une pause déjeuner face au panorama. Le pique-nique fait partie intégrante du plaisir de la randonnée. Son empreinte carbone est bien moindre que celle du transport, mais elle n'est pas nulle, et surtout, c'est un domaine où tes choix ont un impact direct et immédiat.

L'essentiel de l'empreinte d'un repas vient de son contenu, pas du fait de le manger en altitude. L'alimentation représente environ 23% de l'empreinte carbone moyenne d'un Français, un poste comparable au transport. Or tous les aliments ne se valent pas. Un sandwich à base de charcuterie ou un repas riche en viande rouge pèse plusieurs fois plus lourd, en émissions, qu'un repas végétal à base de pain, fromage, fruits secs et légumes. Privilégier des produits locaux, de saison, peu transformés et peu carnés réduit sensiblement l'empreinte de ton déjeuner, tout en allégeant ton sac.

Mais le vrai enjeu du pique-nique en montagne, au-delà du carbone, c'est la question des déchets. Et là, le réflexe doit être absolu : tout ce que tu montes, tu le redescends. Cela inclut les emballages, bien sûr, mais aussi les déchets dits "biodégradables". Contrairement à une idée tenace, une peau de banane, un trognon de pomme ou une coquille d'œuf mettent très longtemps à se décomposer en altitude, où le froid ralentit considérablement le travail des micro-organismes. Sans compter que ces restes alimentaires perturbent le régime de la faune sauvage, qui s'habitue à une nourriture qui n'est pas la sienne.

Quelques gestes simples transforment un pique-nique en repas réellement responsable : privilégier des contenants réutilisables plutôt que des emballages jetables, éviter le plastique à usage unique, ne rien laisser derrière soi, pas même un mouchoir en papier ou un mégot. Un pique-nique zéro déchet est tout à fait à la portée de chacun, et il change radicalement l'impact local de ta présence.

Les Stations de Ski : l'Autre Face de la Montagne

La randonnée estivale est une chose, le ski en est une autre. Les stations de ski concentrent une part énorme de l'impact environnemental de la montagne, et il est utile de comprendre comment ce bilan se décompose, car il réserve quelques surprises.

Chaque hiver, près de 10 millions de touristes fréquentent les stations françaises. Une journée de ski génère en moyenne environ 48,9 kilos de CO2 par personne, soit l'équivalent d'un trajet d'environ 250 kilomètres en voiture. Mais d'où vient réellement cet impact ?

Contrairement à ce que l'on croit souvent, ce ne sont pas les remontées mécaniques ni les canons à neige les principaux coupables. Les activités directement liées au ski, c'est-à-dire le fonctionnement des remontées mécaniques, le damage des pistes et la production de neige artificielle, ne représentent que 2 à 3% des émissions de gaz à effet de serre d'une station. C'est une fraction étonnamment faible. Les remontées mécaniques fonctionnent à l'électricité, dont le contenu carbone est relativement bas en France.

Le poste vraiment dominant, encore et toujours, c'est le transport des visiteurs : environ 57% des émissions, parfois plus. Vient ensuite l'hébergement et tout ce qui l'accompagne (logements, hôtels, restaurants, commerces), qui pèse autour de 17 à 27% selon les études. Ces infrastructures sont très énergivores en chauffage et en électricité. Leur construction, par ailleurs, participe à l'artificialisation des sols, à la déforestation locale et à la perturbation des écosystèmes de montagne.

La neige artificielle mérite une mention particulière. Si son poids carbone direct reste modeste, son impact sur la ressource en eau est bien réel. En 2022, 39% des pistes françaises étaient enneigées artificiellement. Produire 2,5 mètres cubes de neige nécessite environ 1000 litres d'eau, dont une part s'évapore. À l'échelle d'un domaine, cela représente des volumes d'eau considérables prélevés sur des milieux déjà fragilisés par le changement climatique. Le problème de la neige artificielle est donc moins une question de carbone qu'une question de pression sur les ressources et les écosystèmes locaux.

Remontées mécaniques d'une station de ski en montagne Les remontées mécaniques ne représentent que 2 à 3% de l'empreinte d'une station : le vrai poids reste le transport

L'Impact Diffus de la Fréquentation Humaine

Au-delà des chiffres de CO2, la présence humaine en montagne génère un impact plus diffus, plus difficile à quantifier, mais bien réel. C'est l'effet cumulé de millions de passages sur des milieux qui n'ont pas évolué pour les supporter.

L'érosion des sentiers en est l'exemple le plus visible. Le piétinement répété de milliers de chaussures élargit les chemins, compacte les sols, détruit la végétation fragile d'altitude qui met des années à se reconstituer. Sur les itinéraires très fréquentés, les sentiers deviennent de larges balafres minérales là où poussaient autrefois pelouses alpines et fleurs de montagne.

Le dérangement de la faune est un autre impact majeur, souvent sous-estimé. Les animaux sauvages, oiseaux nicheurs, isards, marmottes, sont sensibles à la présence humaine. Une fréquentation excessive, des chiens en liberté, du bruit, l'usage de drones, tout cela perturbe leurs comportements, leur alimentation, leur reproduction. En hiver, déranger un animal et le forcer à fuir lui fait dépenser une énergie précieuse qu'il peine à reconstituer, ce qui peut compromettre sa survie.

Il y a aussi tous ces gestes individuellement mineurs dont l'accumulation devient dévastatrice : les déchets abandonnés, le camping sauvage hors des zones autorisées, les feux sur les berges des lacs, la cueillette de plantes protégées, les cailloux retournés au bord de l'eau. Chacun de ces actes, pris isolément, semble anodin. Multiplié par des centaines de milliers de visiteurs, il transforme et dégrade durablement la montagne.

Cet impact diffus n'apparaît pas dans un bilan carbone classique. Mais il fait partie intégrante de l'empreinte réelle de notre présence en montagne, et c'est souvent celui sur lequel nous avons le plus de prise au quotidien.

Réduire son Empreinte sans Renoncer à la Montagne

Faut-il pour autant cesser d'aller en montagne ? Surtout pas. La montagne reste l'un des plus beaux terrains de reconnexion à la nature, et l'objectif n'est pas la culpabilité, mais la lucidité. Quelques choix concrets permettent de réduire massivement son empreinte tout en profitant pleinement de ses sorties.

La première décision, et de loin la plus importante, concerne le transport. Puisqu'il pèse la majeure partie du bilan, c'est là que se joue l'essentiel. Le covoiturage est la solution la plus accessible : remplir sa voiture divise mécaniquement l'empreinte par passager. Quand c'est possible, le train ou le bus offre une réduction encore plus spectaculaire. Pour les sorties locales, certains massifs sont même accessibles sans voiture du tout, via des navettes saisonnières ou les transports en commun. Privilégier des sorties proches de chez soi, plutôt que de parcourir des centaines de kilomètres, réduit aussi directement le bilan.

Pour le reste, les bons réflexes sont simples et de bon sens. Adopter une éco-conduite quand on prend la voiture (conduite souple, sans accélérations brutales). Composer des pique-niques peu carnés, locaux et zéro déchet. Choisir un équipement durable, réparable, conservé longtemps plutôt que renouvelé à chaque saison. Et sur le terrain, appliquer les principes du randonneur responsable : rester sur les sentiers, redescendre tous ses déchets, respecter la faune et la flore, ne pas se baigner dans les lacs d'altitude fragiles, tenir son chien.

Enfin, choisir ses destinations en conscience compte aussi. Privilégier les stations et les territoires engagés dans une démarche écologique réelle, éviter de contribuer à la massification du tourisme sur les sites déjà saturés, explorer des itinéraires moins courus : autant de façons de répartir la pression et de soutenir une montagne plus durable.

L'empreinte carbone d'une sortie en montagne, finalement, tient surtout à la façon dont on s'y rend. Marcher reste innocent. C'est le reste qu'il faut repenser.


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Sources

  • Passemontagne / Ekwateur / DD Mineurs : empreinte carbone stations de ski, part du transport (57%), covoiturage -75%
  • Take Air / Haute Maurienne Vanoise / Bonpote : 48,9 kg CO2 par journée de ski, répartition des émissions, neige artificielle
  • Montagne Blanche / SNCF Voyageurs : transport 70% empreinte séjour ski, train -90% vs route
  • ADEME (Agence de la transition écologique) : calculateurs d'émissions transports, empreinte moyenne des Français
  • Roadtrip France : comparaison train/voiture, -10 kg CO2/100 km par personne
  • La Rosière Ski : bilan carbone détaillé par scopes, 28,65 kg CO2 par skieur
  • Agir pour la transition écologique : réduire son empreinte aux sports d'hiver
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